1e Printemps de l'Histoire - 2001

Organisé par le Centre Social de Montbrison et la revue Village de Forez dans les locaux du Centre Social, place Pasteur - Montbrison

Les samedi 21 avril et dimanche 22 avril 2001 ont eu lieu au Centre Social de Montbrison les différentes manifestations liées au premier Printemps de l’Histoire locale organisé par le Centre social de Montbrison et la revue Village de Forez.

Exposition-vente de revues et livres
Pendant les deux jours, il y eut d’abord une exposition-vente des livres et revues d’Histoire consacrées au Forez :
Village de Forez présentait l’ensemble de ses collections : les numéros de la revue ainsi que les numéros spéciaux disponibles. Parmi eux, nos dernières publications : Objets oubliés, outils et objets d’autrefois de Pierre-Michel Therrat, Frère Philippe (1792-1874). Le parcours d’un petit paysan forézien, d’Apinac à Rome de Joseph Barou et Michel Bransiet et Saint-Georges-en-Couzan, notes et documents de Stéphane Prajalas.
André Guillot, Joseph Barou, Stéphane Prajalas, Claude Beaudinat, Marie Grange, le Père Chassagneux, Claude Latta, Pascal Chambon, Albert Cellier, Danielle Bory étaient présents sur notre « stand » pour répondre aux questions des visiteurs, abonnés, lecteurs, amateurs d’histoire découvrant nos publications.

Les Publications de l’Université de Saint-Etienne étaient représentées par leur Directeur, Gérard Gâcon, maître de conférences à l’Université de Saint-Etienne qui présentait l’ensemble de son très important, fonds régional, patiemment constitué depuis 30 ans. C’était souvent une découverte pour nos visiteurs que de mesurer la variété et la qualité des travaux universitaires touchant aussi bien à l’histoire de la métallurgie et de ses ouvriers à Saint-Etienne ou dans la vallée de l’Ondaine (René Commère), à la Révolution Nationale (1940-1942) en Forez (Monique Luirard) ou à la publication des cahiers de doléances foréziens de 1789 (Etienne Fournial et JP Gutton).
Les Publications du Musée Alice-Taverne d’Ambierle étaient présentées par Pierre-Michel Therrat, membre du CA du musée. Passionné par l’histoire du monde rural, de ses outils et de ses objets, PM Therrat avait eu la bonne idée d’apporter une partie de sa collection personnelle et expliquait volontiers l’utilisation du pot à endives ou d’un outil de cordonnier fabriqué à partir d’une… baïonnette !
Les Amis du Vieux-Saint-Etienne avaient délégué leur président, Pierre Trotton, qui a su donner un nouveau souffle à cette ancienne association et transformer son Bulletin en une véritable revue d’Histoire régionale (Histoire et Mémoire) dont les numéros spéciaux (tels ceux consacrés à la République ou aux femmes dans l’histoire stéphanoise) sont vraiment remarquables. Le dictionnaire du Parler Gaga était également en vente et était souvent feuilleté par les visiteurs.
Jérôme Sagnard, de la Diana, était venu, dédicacer son ouvrage sur Montbrison à travers les cartes postales qui restituent bien le décor ancien de la Ville.
L’Association des Amis de Benoît Malon, de Précieux, présentait la collection de son Bulletin ainsi que les Actes du colloque Benoît Malon publiés par l’Université de Saint-Etienne (2000) et le travail de Marcel Dereure sur les congrès socialistes de Saint-Etienne et de Roanne en 1882. Charles-Henri Girin, secrétaire de l’association et professeur d’histoire à Montbrison, répondait aux questions sur la personnalité et l’œuvre de Benoît Malon (1841-1893), petit berger de Précieux, devenu à Paris, l’un des dirigeants de l’Internationale, député de la Seine puis membre de la Commune en 1871, directeur-fondateur de la Revue Socialiste après son retour d’exil.
Expositions
Pendant les deux journées du Printemps de l’Histoire, les visiteurs ont pu admirer plusieurs expositions :
Exposition philatélique : le Forez Philatélique, que préside Emile Pomport, présentait plusieurs panneaux consacrés à l’histoire du sport. Remarquons au passage que, depuis les travaux d’Alain Corbin, l’histoire du sport a désormais droit de cité et que, dans Village de Forez, les articles d’André Guillot sur les débuts des clubs sportifs montbrisonnais ont été des travaux pionniers.
Les cartophiles, présidés par Daniel Brunel, présentaient une partie de la collection de M. Tissier. Les vieilles cartes postales de Montbrison évoquaient, entre autres, l’école de la Madeleine, la caserne de Vaux, le quartier de la gare, le personnage que fut le poète-chansonnier Bobèche. Les visiteurs s’attardaient volontiers devant ces panneaux, notant à haute voix tel ou tel détail, prenant leur voisin à témoin des changements observés…
Une salle du 1er étage du centre social présentait des objets du Musée de la vigne de Boën, prêtés grâce à l’obligeance de son conservateur, Antoine Cuisinier, qui est aussi membre du comité de Village de Forez. Ce musée est en rénovation et sera réouvert prochainement, avec une surface doublée par rapport à l’ancienne présentation, dans une muséographie moderne (nouvelle présentation, sonorisation, accueil des aveugles et des mal-voyants) qui a nécessité d’importants travaux au Château-Chabert de Boën..
Dans la grande salle du 1er étage, Pascal Chambon montrait quelques-unes des planches qu’il a réalisées, avec des dessins d’uniformes du premier Empire : c’était aussi une illustration de l’exposé qu’il fit le dimanche.
Conférences
Deux conférences d’histoire locale étaient au programme du Printemps de l’Histoire et eurent une nombreuse assistance : la grande salle du 1er étage était pleine !
Le samedi 21 avril à 16 h, Claude Latta évoqua les deux passages de Mandrin à Montbrison en 1754 avec ses épisodes pittoresques : la libération des prisonniers et leur enrôlement dans la troupe des contrebandiers, le bouillon offert à Mandrin par Mme du Pinet, la peur des Notables. Au delà de la « petite histoire », le récit invitait à la découverte des structures et des mentalités de l’Ancien Régime. Le supplice de Mandrin, roué vif à Valence en 1755, invitait à une réflexion sur les formes anciennes de la Justice et du « grand spectacle de la punition » (Michel Foucault). Ce fut aussi l’occasion d’une réflexion sur l’attitude séculaire des Français face à l’impôt.
Le dimanche 22 avril à 15 h, Pascal Chambon entretint l’assistance d’un épisode mal connu des Montbrisonnais : les Prisonniers de guerre espagnols à Montbrison sous le premier Empire. Montbrison avait été, en effet, l’un des centres de détention des Espagnols raflés par la Grande Armée en Espagne. Ils étaient entassés dans la caserne de Vaux et pouvaient être employés à différents travaux, tels la construction de l’hôtel de M. d’Allard (le musée actuel) ou celle du « béal des Espagnols ». Ils furent jusqu’à 1700 et on comprend que la vie de la petite cité en ait été troublée. Ce fut un regard intéressant sur le phénomène, plus général, de la captivité en temps de guerre.
La visite de l’ancienne salle de la cour d’assises de Montbrison
Le dimanche, après la causerie de Pascal Chambon, Claude Latta emmena les participants visiter l’ancienne salle de la cour d’assises, installée jusqu’en 1968 dans l’ancienne église Sainte-Marie qui était la chapelle des Visitandines, autrefois somptueusement décorée, dans le goût du baroque de l’époque. Le décor actuel date du milieu du XIXe siècle et n’a pas changé depuis cette période avec ses peintures en trompe-l’œil, œuvre du peintre roannais Giovanni Zacchéo, les allégories et les insignes de la Justice, les maximes latines tirées de Ciceron ou du livre des Proverbes de la Bible, les portraits de Jean Papon, Grand Juge de Forez au XVIe siècle, et de Claude Henrys, célèbre jurisconsulte montbrisonnais qui habitait dans la maison des lions, dans l’actuelle rue Martin-Bernard. Ce fut l’occasion d’évoquer l’histoire de la chapelle des Visitandines, sa transformation en salle de tribunal et aussi les grands procès qui se sont déroulés ici, celui des compagnons de la duchesse de Berry (1833) et de Ravachol (1892), le tournage de scènes de Cour d’asssises de Jacquou le Croquant, adaptation télévisée du roman d’Eugène Le Roy par Stellio Lorenzi. L’histoire était ainsi évoquée dans les lieux mêmes où elle s’est déroulée, dans un monument qui, de plus, est rarement ouvert au public.
La Fête de l’Histoire
Nous avons aussi voulu faire de ce Printemps de l’Histoire une véritable « fête de l’histoire ». Après la conférence du samedi après-midi, les membres - costumés - de la Chorale d’Ecotay dirigée par Annie Guigneton s’installèrent dans la grande salle : ils commencèrent leur récital par la complainte de Mandrin, ce qui illustrait la causerie qui venait d’être faite. Puis ils donnèrent des extraits de leur spectacle, consacré cette année à l’histoire du XXe siècle à travers les chansons de films (Connaissez-vous la chanson du film ?) présentées par un texte de liaison dit par Odile Crépet et Danielle Bory. Les applaudissements montrèrent l’attachement que les Montbrisonnais ont pour la Chorale de Gilles et Annie Guigneton. Quel plaisir ils prennent à chanter et nous à les écouter !
A 18 h, ce fut le verre de l’amitié. On notait la présence de Pierre Belon et Françoise Forestier, adjoints au maire de Montbrison, Benoît Defaux, ancien adjoint, de M. Cuénin, maire délégué de Moingt, de Mme Lefebvre, représentant le maire de Savigneux, les présidents des associations participant au Printemps de l’Histoire, les membres du comité de rédaction de Village de Forez. Citons aussi la présence de Francisque Ferret, vice-président de la Diana. Christian Seux, président du centre Social, Nicolas Tziganok, André Guillot, Jacques Martinez, membres du bureau étaient là également pour recevoir leurs invités. Le soir un repas forézien - avec le traditionnel patia - rassembla une quarantaine de personnes au Centre Social dans un moment d’échanges qui prolongeait la journée…
L’Histoire et Montbrison
L’idée d’organiser ce Printemps de l’Histoire est née du succès qu’avait eu, l’année dernière, la célébration du XXe anniversaire de Village de Forez. Nous savons d’autre part combien les Montbrisonnais sont attachés à leur histoire dont ils ont sous les yeux les monuments. l’ancienne capitale des comtes de Forez est d’ailleurs le siège de la Diana, société historique fondée en 1862 et d’un Festival d’Histoire, créé en 1986.
Avec Village de Forez, nous avons essayé de créer un « espace historique » nouveau, ouvert à d’autres champs de recherche, jusque là peu explorés : les études sur les structures de la société d’Ancien Régime (qu’illustrent, par exemple, les travaux de Joseph Barou sur les enfants abandonnés) ; les phénomènes révolutionnaires (publications du comité du Bicentenaire en 1989) ; l’étude du patrimoine rural (nous allons publier une étude de Claude Beaudinat sur les maisons rurales à galerie) ; les témoignages recueillis, avec l’aide du groupe Patois vivant, sur la vie quotidienne autrefois ; l’histoire de la seconde guerre mondiale (travaux de Gérard Aventurier et d’Albert Cellier sur le STO) et l’histoire de la guerre d’Algérie (Les souvenirs de Jean Baudou). Nous avons aussi essayé d’être un véritable « atelier d’écriture », poussant à écrire et à publier – c’est notre fierté – des auteurs qui n’auraient peut-être pas osé le faire dans un autre cadre et qui, depuis, ont pris leur élan…
Nous avons voulu aussi, à l’occasion de ce premier Printemps de l’Histoire, montrer non seulement nos publications mais aussi celles d’autres sociétés historiques, revues ou éditions, en particulier celles de l’Université de Saint-Etienne. Car nous oeuvrons tous dans le même sens. Nous avons souhaité aussi organiser la coopération des associations montbrisonnaises qui, dans d’autres domaines, œuvrent aussi dans le domaine culturel. Or chacun a tendance à travailler de son côté et il est intéressant de mieux se connaître et de faire travailler ensemble. Nous tissons ainsi des liens qui sont une richesse pour tous.
Enfin, nous avons organisé ce Printemps de l’Histoire dans les locaux du centre Social – dont nous sommes l’une des composantes. Il y avait là une double volonté : faire connaître le Centre Social, ses nouveaux locaux, ses activités ; affirmer, comme nous le faisons souvent, qu’une revue d’histoire locale a sa place dans un Centre Social, parce que l’Histoire est dans la Cité, pour tous, un facteur d’intégration, qu’elle contribue à tisser le lien social et que la prise de conscience d’une histoire commune nous aide à concevoir un avenir qui nous soit commun.